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J’ai pas le temps

Vous êtes-vous parfois rendus compte qu’une heure s’était passée entre la prise en mains de votre téléphone intelligent (smartphone) et le moment où vous le déposiez ?

Dans cette heure-là, le temps suspend son vol. Vous avez parcouru beaucoup de contenus. Beaucoup plus que si vous aviez dû lire un journal ou un livre, aller physiquement faire les courses, puis rencontrer vos amis. Votre attention s’est morcelée à force de sauts de puce d’un sujet à l’autre ou d’un contact à l’autre. Et pourtant, vous appréciez peut-être cette activité. 

Cette activité détend et elle prétend nous mettre en lien avec tout ce que nous ne devons pas manquer. Elle prend en charge notre curiosité. Et pas seulement, elle prend en charge notre mémoire. Et puis aussi, elle prend aussi en charge notre sens critique. 

Pas étonnant que ce téléphone soit qualifié d’intelligent !

Ce qui est étonnant, c’est le temps que nous pouvons passer devant notre écran. C’est le sentiment d’y être depuis une minute alors qu’il s’agit d’une heure. C’est l’impression d’y faire quelque chose d’important, d’indispensable même. Et c’est surtout de ne pas sentir que ce temps-là pourrait manquer à d’autres activités. Alors que nous percevons une valeur à la connexion digitale, à quoi renonçons-nous lorsque nous consacrons du temps à nos écrans ? Et en quoi est-ce si facile d’y renoncer ?

La réponse dans un sommet virtuel

Heureuse ou triste coïncidence, c’est lors du Vitra summit digital, donc devant mon écran, que je fais la connaissance de Cal Newport. Cal Newport est américain. Il enseigne les ordinateurs (computer science) à l’université de Georgetown. Il étudie depuis une dizaine d’années les interactions entre la technologie et la culture.

Dans son ouvrage Deep work, ce professeur oppose le travail superficiel au travail en profondeur. Vous l’aurez compris, le travail superficiel consiste en toutes les taches qui peuvent se mener de manière automatique ou qui pourraient être sous-traitées à une autre personne moyennant un très court temps de formation (de l’ordre de la semaine ou moins). Par exemple, donner un pouce levé à un post, ou bien répondre à un courriel « je suis d’accord », ou alors naviguer de page web en page web en ne lisant que les titres.

Le travail en profondeur permettrait en revanche de générer une valeur différenciante car peu accessible : celle de la concentration. En état de concentration, l’être humain dépasse ses propres limites. Il fournit un travail de qualité et en profondeur. Et il est satisfait de ce qu’il a produit car son corps aura senti l’effort et ses effets. Enfin, le résultat de ces efforts ne sera pas facilement copiable ni interchangeable puisqu’il s’agit de travail en profondeur. Travailler en profondeur enrichirait vos compétences en propre et entretiendrait votre rareté. Cela peut être utile dans un monde d’obsolescence et de remplaçabilité.

J’aimerais bien, mais comment m’y prendre ?

Le livre donne de nombreuses stratégies pour augmenter la part de travail en profondeur tout en conservant une partie de travail superficiel. Amateurs de planification et de rituels, vous serez servis !

Point de départ : une journée de travail rythmée par le dérangement intempestif souhaité ou subi. Il peut s’agir de notifications, de conversations, de courriels, de tâches administratives ou autres sollicitations à court terme. Pas une minute à soi.

Point d’arrivée : des espaces temps délimités propices au travail en profondeur et suffisants pour produire le travail de qualité désiré. Il semblerait que l’Homme soit tout au plus capable de 4 heures de concentration intense quotidienne. Parfois deux heures par jour suffisent à faire une énorme différence ! 

Entre les deux, il y a l’abandon de sources de distractions potentielles et la mise en condition dans un environnement favorable à la concentration. 

Et pour avoir des résultats, choisir un sujet de concentration qui apporte plus de satisfactions que ce que le surf internet ou les réseaux sociaux vous procurent. De cette manière, il sera plus facile de renoncer à la superficialité ! Autrement dit, vous serez aisément enthousiastes à l’idée de vous consacrer au travail en profondeur.